fragment #1

Traduit de l’espagnol mexicain

Je marche dans Coyoacán.  

Le souvenir est très vif, je ne peux pas oublier le métro de la ville de Mexico à l’heure de pointe. Une chance que tu me tenais la main.

Il y a ces wagons roses uniquement dédiés aux femmes et aux enfants.

Je demande pourquoi tu me dis que sinon les hommes vous pognent les cuisses ou même les fesses ou ils volent vos sacs parfois même ils vous poignardent j’ai un peu honte d’être un homme je peinturerais tous les wagons roses pour que vous soyez toutes en sécurité toujours je me demande pourquoi le rose mais je sais que c’est une couleur qui vous protège alors je ferme ma gueule[1]

Je marche à travers les stands de comida callejera[2].

Je parle ta langue. Tes mots, je les dépose dans ma bouche. Ils se dissolvent. Les choses changent, se décalent, comme des calques.

Quand la copie devient l’original le vent tourne, une partie du modèle s’échappe et devient modèle à son tour je parlais d’abord tes mots comme les ombres des miens et j’y crois de plus en plus le français langue de l’amour non en français on aime tout égal j’aime le gâteau au chocolat j’aime mes amis j’aime ma copine[3] non l’espagnol est la langue de l’amour je le sais[4]

Je passe la journée à Coyoacán.

Il est tard et je suis dans le métro. Face à la fenêtre d’une des deux portes, je me vois. Un peu effacé. Je discerne mal mes traits, je me trouve plus beau comme ça. Dans le métro de Montréal, je me vois trop, j’aime pas ça.

Je débarque à la station Consulado tu me suis. C’est pourtant toi qui sais où nous allons.

Mon cellulaire sonne.

C’est ma mère qui demande de mes nouvelles si tout va bien si je suis prudent parce qu’au Mexique c’est dangereux pour les gens comme moi je trouve sa voix changée sa langue aussi est différente je n’ai plus le souvenir des comptines qu’elle me chantait quand j’étais petit il ne me reste que les mélodies que je fredonne parfois peut-être les milliers de kilomètres créent une distorsion je ne sens plus ce lien maternel c’est moi qui doit lui chanter des comptines maman est en haut qui fait du gâteau papa est en bas qui fait du chocolat

C’était un beau voyage. Surtout qu’en revenant Montréal avait changé, elle avait désormais Coyoacán dans la mémoire. Le changement est inévitable[5].

Quebexicano


[1] En français dans le texte original.

[2] La ville de México regorge de ces petits vendeurs de nourriture. Ils s’installent en bordure de rue, ou dans les places publiques, et ils alimentent la ville de façon très abordable. J’ai souvenir avoir déjà discuté avec l’un d’eux, il s’appelait José et vendait des elotes, genre d’épis de maïs piqué dans un bâton sur lequel on ajoute toutes sortes de garnitures. Le sourire de José était comme un épi de maïs, malgré la triste précarité de son emploi, il était rassurant, il ne cessait de me répéter que la vie était belle. Mon souvenir de la ville de Mexico est indissociable de l’odeur que projetaient tous ces petits stands alimentaires et de ses vendeurs.

[3] En français dans le texte original.

[4] En espagnol l’amour est nuancé. Le verbe ‘’amar’’ est exclusif au véritable amour. ‘’Amar’’, ‘’querer’’ et ‘’gustar’’ montrent que l’amour n’est pas égal pour tout. L’amour est un sentiment complexe qu’il faut diviser en nuances. Les hispanophones sont en mesure de mieux discerner l’amour puisque leur lexique le leur permet.

[5] En français dans le texte original.


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