fragment #2

C’est ma fête, j’ai 18 ans.

Le gâteau est déposé au centre de la table.

On chante pour moi. J’ai les mains moites. Je sais pas si je dois chanter moi aussi. Mes lèvres suivent le rythme sans émettre de son.

Ça devient un bruit blanc.

Double chocolat c’est comme ça que je le veux depuis que je sais que je peux choisir ma sorte de gâteau que je sais que j’aime pas celui aux fruits que je sais que toute ma famille me le dit à chaque fois lui il aime le chocolat c’est comme ça mais c’est pas comme ça en quelques sortes je ne veux pas les décevoir c’est comme ça comme une double volonté qui s’affronte j’aime le chocolat mais pas autant qu’ils le voudraient mais je joue le jeu comme si les règles précédaient mon existence donc j’aime le chocolat et je me tais

On applaudit. Fais un vœu.

Je souhaite me souvenir de tous les vœux que j’ai pu faire pour voir comment ont évolué mes espérances comment je me suis transformé au fil du temps mais c’est dommage on ne se souvient jamais des vœux qu’on fait sûrement parce qu’on ne prend pas l’exercice au sérieux à huit ans j’ai dû demander la carte de Charizard holographique de toutes mes forces aujourd’hui je veux que ma mère reste en vie ça reste moi mais avec d’autres priorités

Ma mère coupe le gâteau. Il était plus beau entier. Le crémage lisse, immaculé. C’est dommage.

Je trouve bête qu’on se fige en années comme ça qu’on divise le temps en de si courtes périodes j’aimerais mieux qu’on le compte en décennies comme ça le temps avancerait moins vite comme plus homogène on aurait l’impression de vivre plus longtemps ou du moins que notre existence est indivisible

J’ai la part de gâteau avec la rosette et le gros morceau de chocolat blanc, c’est ma fête.

L’assiette d’aluminium sur laquelle était le gâteau attend au centre de la table. Je la prends.

Je me vois. Brouillé, déformé et taché de crémage. Derrière, une masse bouge, c’est ma mère, mais le reflet se joue d’elle. Ce pourrait être n’importe qui d’autre. Je fixe les couleurs diffuses, et j’ai le sentiment que ma mère n’a jamais été ma mère mais aussi que vue sous cet angle son identité change, j’ai envie de l’appeler par son prénom. Ça lui va bien.

Quebexicano


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